Musée de la Sorcellerie

 

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Musée de la Sorcellerie

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Le monde de la nuit n'a pas toujours été très fréquentable. Des ombres, des bruissements, des cris... jadis, avant l'éclairage public, tout un peuple menait grand train sous la lune.
Les humains, mammifères plutôt diurnes, ont de tous temps exorcisé leur frousse en alimentant de fiévreux portraits. Malgré une longue tradition orale et des écrits parfois fameux, la connaissance des lutins ou des farfadets, peuplades farouches, reste confuse. Plus universelle, la sorcière à cheval sur son balai magique garde toujours un pied dans la réalité! Et que dire des magiciens, des enchanteurs, des alchimistes, détenteurs d'inquiétants pouvoirs mais peut-être aussi de la Pierre philosophale, source infinie de sagesse.
Leurs amies les bêtes : hiboux et corbeaux bayent aux corneilles, vexés de ne plus beaucoup inspirer la moindre crainte ; le crapaud a peut-être ravalé sa bave, autrefois précieux fond de sauce. Quant au chat, il a peut-être encore neuf vies, mais nul ne s'en soucie. Et que dire du dragon...


Médée

Notre espèce, occupée qu'elle était à se perpétuer dans l'adversité, avait délégué à quelques individus parmi les plus doués, la maîtrise de savoirs indispensables, et leur transmission.
Les druides de la civilisation celtique incarnent encore cette polyvalence, et leur connaissance de la nature servira de souche aux savoirs occultes bien après l'avènement du christianisme.
Les Grecs, pour leur part, ont distingué métaphysique et magie. Entre autres trouvailles, on leur doit la "sorcière moderne" avec Circé, l'envoûteuse de l'Odyssée, et surtout la cruelle Médée, qui associe maléfice et féminité. Une image qui s'imposera lors de l'arrivée d'un nouveau personnage promis à une belle carrière, et placé lui aussi sur le terrain de la séduction : le diable !
En s'affirmant en Occident, le christianisme s'est employé à éradiquer les rites païens, maintenus par quelques lignées d'irréductibles sorciers.
Au Moyen-âge, la répression se durcit contre les "hérétiques", révélant souvent des enjeux politiques et spirituels.
L'Inquisition et son manuel de référence, le "Malleus Maleficarum" (le maillet des sorcières -1486-) légitime la torture et constitue un bréviaire pour des réquisitions aussi absurdes qu'imparables.
La chasse est lancée à travers les campagnes : elle s'en prend plus volontiers au sexe faible et est ravivée lors de périodes troubles. Ces procès ont souvent servi d'exutoires à des passions et des rancunes bien humaines. Jusqu'à l'hystérie collective : le délire puritain de l'affaire des sorcières de Salem (Massachussets - 1692) avec ses deux cent accusés et ses vingt victimes en est un sinistre exemple.

Et que dire des tests de l'eau et de la balance ....

Telle la brume qui adhère mieux aux haies vives et au creux des chemins du bocage, les ombres fantasmagoriques alimentant les frayeurs paysannes semblent avoir résistées en Berry au coup de balai rationaliste du siècle des Lumières. 

Pourtant, jusqu'au XVII ème siècle, cette région n'était peut-être pas foncièrement plus superstitieuse que les autres terroirs de France. Elle s'est toutefois distinguée par de retentissants procès en sorcellerie. Le plus fameux reste celui du carroir de Marlou à Bué près de Sancerre (1583, cinq suspects pendus).
Mais c'est surtout l'œuvre de George Sand qui a popularisé l'image d'un Berry "sorcier", peignant les moeurs pas toujours innocentes de sa "Vallée noire".
L'écrivain Claude Seignolle s'est appuyé sur une collecte assidue de traditions populaires, avant d'agiter avec talent quelques créatures typiques de la contrée: les facétieuses birettes (spectres en chemise) ou l'inquiétant Meneur de loups.


George Sand

Le meneur de loups


 

Au delà du folklore, le Berry reste incontournable pour tous ceux qui traquent les survivances d'un commerce privilégié avec l'occulte. Ils sont encore assurés de dénicher dans quelques fermes ou villages reculés, une histoire de mauvais oeil, de troupeaux mystérieusement décimés, ou de voisins malveillants.


Baba-yaga
   

Les herbes qui guérissent, les herbes qui estourbissent, les herbes qui tuent... une "bonne" sorcière devait savoir les distinguer et en faire usage. Ces connaissances botaniques empiriques étaient très sûres, ce qui n'excluait pas quelques extrapolations : la mandragore, reine de l'herbier magique avec ses étonnantes racines anthropomorphes, stimulait déjà hautement l'imagination avant d'embrumer les esprits.
Narcotiques, vénéneuses, telles la belladone, la jusquiame ou la datura, les plantes favorites des sorcières pouvaient servir aussi bien de remède que de poison ...la nuance réside dans le dosage. 
Pour se rendre invisible et voler jusqu'à un lieu de sabbat, la sorcière devait s'enduire le corps d'un onguent. En s'envoyant une bonne lampée de mixture douteuse au préalable, elle était encore plus sûre... de planer !

Mais ce sont surtout les étonnants paramètres occultes de cette petite cuisine, qui en faisaient tout... le charme ! Jugez plutôt, à travers ces deux "recettes" !!

les suppositoires



Pour empêcher que la femme puisse paillarder avec quelqu'un !